Neg'marrons Martiniquais

Neg'marrons Martiniquais
Martinique et résistance

Très tôt, à la Martinique, les esclaves se firent marrons. Un marronnage si développé qu'en 1660, l'administration coloniale affronte plus de 400 marrons sur les 110 000 esclaves africains que recense l'île.


Une armée rebelle

Parmi eux, Francisque Fabulet, qui devint une légende pour ses deux années de fuite dans les forêts, ralliant au fil des mois une authentique armée rebelle. Traqué, il dû se rendre après que la liberté lui fut promise et jeté aux galères pour « tentative collective de marronnage ».


Une répression terrible

Les soldats coloniaux réquisitionnés pour ces chasses racontent la violence des sanctions infligées aux fugitifs. Une répression officialisée et encouragée par le Code noire en 1685. En guise de punition, tout marron repris pouvait être « écartelé, immolé, avoir les oreilles et le jarret coupé, être marqué au fer ou exécuté ».

Les résistants comme Séchou ou Fabulet constituaient donc un espoir pour les plus résignés des esclaves et inspiraient une telle peur aux planteurs qu'ils marquèrent l'imagination au point de donner naissance à de véritables mythes fondateurs
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 12 juillet 2006 12:59

Modifié le mercredi 12 juillet 2006 15:37

Negmarrons Reunionais

Negmarrons Reunionais
Les Hauts impénétrables de l'île Bourbon


Les premières heures de l'Histoire humaine de La Réunion se mêlent à celle des esclaves. La légende raconte qu'en 1663, peu avant la colonisation française, le capitaine Louis Payen et son équipage débarquent avec 7 hommes malgaches et 3 femmes noires, lesquels s'enfuient aussitôt dans les profondeurs de l'île. Personne ne les retrouva jamais.

L'organisation des chasses à l'homme
Un demi siècle plus tard, quoique bien installés, les colons doivent faire face à un marronnage intensif. Partout, les esclaves s'enfuient et harcèlent les planteurs sur leurs propres terres. Si bien qu'en 1725, l'administration coloniale décide d'instaurer une véritable chasse à l'homme.


Des rançons à la clé

Toute capture de marron se voit récompensée de 30 livres. Sur l'île, des brigades de chasseurs s'activent. Les blancs créoles parcourent les bois et les cirques à la recherche de campements, de baraques ou de cases. Autant de lieux où des dizaines de Noirs se regroupent au détour d'une rivière ou d'une forêt au point de former de petits villages. Dans leurs écrits, des chasseurs rapportent les prises d'esclaves dans ce qui ressemblait à de véritables campements aux noms de « Laverdure », « Maffack » ou « Les deux bras ».


Tués ou marqués au fer rouge

Disséminés dans les cirques et les forêts, les collines et les plateaux, les marrons auraient été plus de 500 en 1741, c'est à dire 6% de la population de l'île, sans compter les enfants. Des familles libres prennent naissances, cultivent la terre et célèbrent leurs rites africains ou malgaches.

Malgré cela, plusieurs centaines de marrons sont éliminés en moins de quarante ans. La plupart sont passés par les armes pendant les chasses. On marque les rares prisonniers au fer rouge d'une fleur de lys, le sceau de la royauté, avant de les réintégrer aux plantations.


Des résistances organisées

Alors, les résistances s'organisent. Selon l'historien réunionnais Sudel Fuma, le légendaire Maham prend la tête de 100 noirs marrons et échappe à de nombreuses rafles dans les hauts de Salazie. Campé avec les siens à la Roche-Vidot, son corps aurait été inhumé selon les coutumes africaines. Jamais pris, Maham est donc mort en homme libre.

A son image, certains esclaves ne se contentent pas de fuir leurs maîtres mais aussi d'attaquer leurs habitations pour y voler des vivres, réquisitionner des femmes et des hommes afin d'augmenter leurs effectifs.

Les rebellions se succédant, le marronnage donna naissance à des légendes comme celle de d'Anchaing et d'Héva, un homme et une femme esclaves qui, séparés par la distance et l'absence de liberté, auraient fui vers les Hauts pour vivre leur amour.

# Posté le mercredi 12 juillet 2006 12:56

Modifié le mercredi 12 juillet 2006 15:40

Neg 'Marrons/Cimarrons

Neg 'Marrons/Cimarrons
Les fuyards recréaient des sociétés libres, en lutte contre les puissances coloniales. Retour sur l'existence de ces hommes et femmes que l'Histoire semble avoir oubliés.

Marronner, c'est s'enfuir. Le terme dérive du mot espagnole « Cimarron », lui-même emprunté au langage des amérindiens Arawaks, les premiers habitants des Antilles. Au XVIe siècle, alors que le royaume hispanique étend son Empire de la Caraïbes aux Philippines, le mot s'emploie couramment pour désigner les animaux domestiques redevenus sauvages.
Par extension, « cimarron » désigne les esclaves fuyards qui deviennent des « marrons ». Dans l'imaginaire colonial français, espagnol, hollandais et anglais, le marron symbolise donc le domestique retourné à l'état sauvage, la bête rebelle, farouche et dangereuse.


La résistance des captifs

Dès les premières années de la traite négrière, les esclavagistes furent confrontés à la résistance des Africains captifs. Depuis les comptoirs, du fond des cales des navires jusqu'aux ports coloniaux, les rébellions freinaient ce trafic insoutenable qu'est la traite.

Mais, c'est au coeur même des plantations que les tentatives de subversions furent les plus suivies. Une fois arrivés, les esclaves se voyaient assignés aux travaux des champs de cannes ou à l'entretien de la propriété du maître.

Au cours d'une journée de travail ou d'une nuit sombre et calme, certains profitaient de l'inattention des gardes pour s'échapper. Une fuite au risque de mille périls, au c½ur des bois, dans les profondeurs des forêts ou sur les hauteurs des montagnes, sans garantie d'avenir sinon l'espoir éphémère de la liberté

Août 1789 - insurrection d'esclaves à la Martinique.
Août 1791 - insurrection d'esclaves à St- Domingue.

1795-1796 - insurrection d'esclaves à Grenade et à St-Vincent.

1797 - insurrection d'esclaves à la Jamaïque dans les montagnes bleues.

1800 - insurrection d'esclaves en Virginie.

1801 - insurrection d'esclaves en Guadeloupe.

1804 - Indépendance d'Haïti, première République noire du monde.

1806 - insurrection d'esclaves à Trinidad.

1808 - insurrection d'esclaves à Nazaré au Brésil.

1811 - insurrection d'esclaves en Louisiane.

1822 - insurrection d'esclaves à la Martinique.

1823 - insurrection d'esclaves au Guyana.

1831 - insurrection d'esclaves à la Jamaïque.

1848 - insurrection d'esclaves libératrice - Martinique, Guadeloupe, St-Martin, St-Eustache, Saba, Ste Croix, abolition à la Réunion.



# Posté le mercredi 12 juillet 2006 12:51

Modifié le samedi 07 juillet 2007 03:02

Conclusion

Conclusion
Gordon, un esclave de Louisiane, montre son dos meurtri par le fouet, en avril 1863.

Révoltes caractérisées par une extrême violence. C'est à l'aube de cette violence que l'on peut mesurer le poids insupportable de l'esclavage ; des meneurs et organisateurs sanguinaires, illuminés de Dieu (comme dans le cas de Nat Turner) ou deshumanisés par les traitements reçus, ont été suivis par des centaines d'autres hommes qui pouvaient enfin, en groupe, rendre la violence et le mépris humains dont eux-mêmes avaient été victimes depuis des générations

Quelques dures qu'aient été ces révoltes, elles ne le furent pas autant que celles du Brésil ou celles de Toussaint Louverture à Haïti. Les esclaves en Amérique latine sont moins maltraités parce qu'ils jouissent d'un statut légal qui les protège, l'administration royale limitant les abus. Mais c'est paradoxalement parce qu'ils étaient moins opprimés qu'ils se sont plus souvent et révoltés et de façon plus organisée, leur plus grande liberté leur permettant de prendre conscience de leur état et d'organiser des soulèvements.

Comme le constatait ironiquement Frederick Douglass, le plus célèbre des esclaves fugitifs, plus un esclave est asservi, humilié et accablé de travail et moins il pense à sa liberté et aux moyens de la retrouver.

On peut donc dire que les esclaves noirs étaient trop asservis, physiquement et moralement pour qu'aucune de leurs tentatives de révoltes puisse aboutir. Ce n'est pas l'homme qui est parvenu à ôter ses chaînes mais l'Etat qui en a décidé ainsi, après une guerre civile libératrice sans être totalement salvatrice. Car pour les partisans de l'esclavage, les Noirs même libres restèrent des êtres inférieurs, incapables de comprendre et donc de se conformer à leur morale et leur idéologie, et donc condamnés à vivre à côté d'eux, non avec eux.

# Posté le dimanche 25 juin 2006 20:45

Modifié le samedi 07 juillet 2007 03:02

Revolte 3

Revolte 3
III/ Mesures prises pour lutter contre

* dès le bateau négrier, on essaie de séparer les membres d'une même ethnie et village
*interdiction de parler une langue africaine

1/ Dans la plantation

* système de gardes, rondes et couvre-feu propre à chaque plantation

Il y a un régisseur pour surveiller les travaux des champs, fouiller les cabanes des Noirs.

Les pouvoirs du planteur, du maître, qu'il délègue à un régisseur sont très étendus : il peut tout sur ses esclaves, sauf les mutiler ou les tuer sans motif c'est-à-dire, pour reprendre les termes de M. Fabre, qu'il disposait "d'un droit de justice plus étendu que celui des seigneurs des temps féodaux" ; "il était à la fois législateur, juge, gendarme et bourreau"

* châtiments :

corporels administrés par le régisseur ou le maître, privations de sorties ou de laissez-passer ; travail supplémentaire ; diminution des rations ; emprisonnement ; pilori (en Louisiane et en Géorgie) ; mise aux fers (en particulier pour les fugitifs) ; marquage au fer rouge (idem) ; fouet

Þ le pouvoir civil de l'Etat n'intervient pas dans les conflits internes à la plantation, ces divers châtiments dépendent de la justice du planteur, souverain sur son domaine avec ses esclaves. D'où un immense pouvoir grâce auquel, si l'on suit le raisonnement de M. Fabre, "des maîtres d'un naturel équilibré se trouvaient corrompus par le pouvoir sans bornes que leur donnait l'esclavage". La violence inhérente à tout être humain n'avait pas besoin d'être refoulée chez eux, car ils pouvaient lui donner libre cours sur ces êtres qu'ils considéraient comme inférieurs et dépourvus d'âme. C'est ainsi que se comprend la cruauté des Noirs révoltés dont il était question plus haut, et la logique éternelle de la spirale de la violence.

2/ Au niveau local

* importante présence des forces armées pour maintenir l'ordre : troupes fédérales régulières et de maréchaussée et surtout des milices. Se sont des gardes et des patrouilles locales organisées et obligatoires : des groupes d'hommes en armes, composés à tour de rôle des hommes en âge de monter à cheval, quadrillaient chaque parcelle de terrains dans les Etats du Sud. Elles avaient lieu à intervalles réguliers de 1 à 4 semaines et elles doublaient les rondes quotidiennes.

Un tel déploiement devait inspirer crainte et respect aux esclaves et ainsi décourager tout espoir de révolte

3/ Au niveau national

* les codes noirs visent à empêcher :

le rassemblement des Noirs (interdit hors de la présence d'un Blanc) ; l'éveil d'une conscience collective (interdiction d'apprendre à lire et écrire, de distribuer des tracts, coller affiches...) ;

les relations entre esclaves noirs et Noirs affranchis (dont les droits étaient d'ailleurs bien inférieurs à ceux d'un homme blanc)

* les codes noirs deviennent plus restrictifs et répressifs après chaque complot

ex : après les événements de 1740, le code noir de Caroline du Sud devient le plus sévère de l'époque : interdiction de se réunir, de quitter la plantation sans autorisation, d'apprendre l'anglais, de gagner de l'argent grâce au commerce des produits de son lopin,...; surveillance renforcée : les planteurs doivent avoir un travailleur blanc pour 10 noirs ; encouragement de la délation ; affranchissement désormais soumis à l'approbation de la législation de la colonie

* 1793: loi sur les esclaves fugitifs (fugitive slaves) : aux termes de cette loi, un maître peut faire arrêter son esclave en fuite même si celui-ci a franchi les limites de l'état.

Des patrouilles pourchassaient et reprenaient ceux qui parvenaient à s'échapper pour les ramener à leur maître.

Celui-ci pouvait offrir une récompense pour la capture des esclaves fugitifs ; se généralisant à grande échelle, cette pratique est même devenue une profession à part entière, et les chasseurs d'esclaves s'enrichissaient vite, quoique dangereusement.

* 1850 : suite au renforcement de la propagande abolitionniste et à l'accroissement des activités du chemin de fer clandestin, les Sudistes obtiennent un renforcement de la loi sur les esclaves fugitifs : tout Noir soupçonné d'être fugitif peut être arrêté sans mandat et sans preuve de propriété. De plus, il est interdit d'héberger un esclave fugitif sous peine de sanction.

* il y eut des tentatives pour ralentir l'accroissement de la communauté noire : création d'un impôt sur l'importation en provenance d'Afrique ou des Caraïbes dont le produit devait servir à faire venir des travailleurs blancs d'Europe afin d'avoir 1/10è de travailleurs blancs.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 25 juin 2006 20:31

Modifié le samedi 07 juillet 2007 05:52